Quand le swing envahit le Croisic
Gogo et Kanine contre-attaquent (à la contrebasse)
Dimanche 28 juin, 16h. L'horloge du port venait à peine de sonner que déjà, sur la place, quelque chose clochait. Pas une fausse note — bien au contraire, tout était étrangement juste. Le Croisic, d'ordinaire occupé à sentir la marée et à débattre du prix du homard, s'était mis en tête de swinguer.
Coupable : le L.A Swing Cats, un quatuor venu réveiller les fantômes de la Nouvelle-Orléans sur les pavés bretons. Et comme toujours quand il se passe quelque chose d'important au Croisic — c'est-à-dire un événement impliquant du monde, du bruit, et si possible un buffet — Gogo et Kanine étaient aux premières loges.
Gogo découvre le jazz manouche (et n'en revient pas)
Gogo, notre goéland local, mélomane autoproclamé depuis qu'il a compris qu'un cri bien placé pouvait couvrir un solo de trompette, s'est perchée sur le lampadaire le plus proche de la scène dès 15h45. Question de standing. Il avait vaguement entendu parler de Django Reinhardt — un nom qui, pensait-il, désignait un cousin éloigné du homard — et s'attendait à un concert tranquille.
Erreur. Dès les premières mesures, le guitariste Thomas Le Briz a dégainé un solo si rapide que Gogo a cru un instant qu'on lui volait son poisson pendant qu'il avait le dos tourné. Il a mis un bon quart d'heure à comprendre que ce n'était "que" du swing, et non une attaque aérienne rivale.
À ses côtés à la guitare et au chant, Lorenzo Muccio a fini d'achever ce qui restait de sang-froid chez le volatile : entre deux couplets, il a même semblé regarder Gogo droit dans les yeux. Il jure aujourd'hui encore qu'il lui a dédié un morceau. Personne n'a eu le cœur de la détromper.
Kanine, elle, a repéré la contrebasse (et l'a trouvée "pratique")
Kanine, notre serveuse de toujours, plateau greffé au bras, a immédiatement jaugé la situation avec son sens pratique habituel : "Quatre musiciens, un amphithéâtre bondé, et pas un seul qui commande à boire — voilà un problème à régler." Elle s'est donc improvisée quart service officieux du concert, slalomant entre les badauds avec une dextérité que Arnaud Gobin, le contrebassiste, a semblé presque envier — lui qui devait se contenter de slalomer entre les notes.
Quant à la contrebasse elle-même, Kanine l'a d'abord prise pour un très grand plateau à service, avant de réaliser son erreur au bout de la troisième chanson. "Dommage, elle aurait pu porter beaucoup de bolées."
Gaël Martin, la clarinette, et un début de crise existentielle chez Gogo
C'est finalement la clarinette de Gaël Martin qui a eu raison des dernières résistances de Gogo. Ce son, à mi-chemin entre le cri de mouette et la mélodie pure, l'a plongée dans un abîme de réflexion : "Et si, depuis toutes ces années, je faisais déjà du jazz sans le savoir ?" Une question qui, de son propre aveu, "mérite un débat entre pairs, autour d'un reste de sandwich."
La French touch dans tout ça
Car c'est bien là tout l'intérêt du L.A Swing Cats : quatre musiciens capables de faire dialoguer le swing américain — celui d'Armstrong, de Bechet, de Lang — avec la rythmique bien de chez nous, façon manouche. Le résultat : un swing qui a des racines à la Nouvelle-Orléans mais un accent qui sent bon le Sud-Loire. De quoi réconcilier même les plus sceptiques des mouettes locales. C'est le bon moment pour préciser que L.A n'est pas ce qu'on croit, cela veut dire Loire Atlantique...
Les mots de la fin
Gogo : "Verdict : quatre humains, zéro poisson volé, une ambiance de dingue. Je demande une date fixe chaque été."
Kanine, en rangeant son plateau : "Verdict : bon monde, bonne musique, et toujours personne pour débarrasser les verres tout seul. Comme d'habitude."
Rendez-vous pris pour le prochain concert place du Croisic — Gogo réserve déjà son lampadaire.
Crédit photo garantie sans filtre : Stéphane Nédélec
Vidéo générée par Firefly : prompt de Stéphane Nédélec