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Au-dessus du jardin de Jan, deux baskets montent la garde
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Histoire

Au-dessus du jardin de Jan, deux baskets montent la garde

Petite méditation sur un legs, un fil électrique et une biodiversité qui n'a pas fini de nous surprendre


Il y a des jours où Le Croisic vous tend, sans prévenir, une scène toute faite. L'autre matin, rue Waldeck-Rousseau, le ciel était de ce bleu qu'on ne peint qu'en carte postale, et juste au-dessus du jardin Jan, deux baskets se balançaient au bout d'un fil électrique, lacets noués, semelles offertes au soleil, comme deux petites vigies improbables montant la garde sur un royaume de 2 000 mètres carrés dont personne, ou presque, ne connaît le fondateur.


Le legs d'un homme qui n'aimait pas qu'on parle de lui


Commençons par ce qu'on sait, qui tient en peu de mots mais pèse lourd : Stéphane Jan, décédé en juillet 2011, a légué à la ville du Croisic un terrain du 12 rue Waldeck-Rousseau, portant une petite maison en bois affectueusement baptisée "Les Lauriers". Le legs, entériné en janvier 2012, n'était pas un chèque en blanc : il était assorti d'une condition, celle que le terrain demeure un espace vert, conservé dans son style, et ouvert à la visite. Autrement dit, un homme a préféré, plutôt que de laisser son jardin filer vers un lotissement ou une place de parking, en faire cadeau à sa ville — à condition qu'il continue de pousser, de fleurir, de vivre.

On ne sait presque rien d'autre de lui. Pas de buste, pas de portrait retrouvé, pas de plaque commémorative bavarde. Juste un nom accolé à un jardin, et cette générosité tranquille qui ne cherche pas les honneurs. Il y a quelque chose de profondément croisicais dans ce silence : ici, on ne fait pas de discours, on plante des arbres et on referme la grille derrière soi.

Alors forcément, quand deux baskets se retrouvent perchées juste au-dessus de son legs, on a envie d'y voir un clin d'œil. Un genre de salut espiègle, comme si Stéphane Jan lui-même, du haut de son ciel breton, avait décidé de rappeler à tout le monde que son jardin, non, ce n'est pas un musée qu'on visite en silence. C'est un endroit qui vit.


Une double vie : celle des crapauds et celle des tréteaux


Et c'est bien là que le jardin Stéphane-Jan se distingue de tous les autres carrés de verdure de la presqu'île. En 2013, l'association Bretagne Vivante y a mené une étude pour en évaluer l'intérêt écologique, et le verdict est tombé : quatre milieux cohabitent sur cette parcelle pourtant modeste — zones humides, boisements, prairie et espace jardiné. Une mosaïque miniature, digne d'un timbre-poste naturaliste, où chaque recoin héberge sa propre bruissante population.

Mais ce même jardin, ouvert tous les jours de 9h à 18h et intégré au circuit officiel des Parcs et Jardins du Croisic aux côtés du Mont-Esprit et du Mont-Lénigo, sait aussi se transformer en scène. L'été, la petite maison des Lauriers accueille des expositions temporaires sur l'environnement, et certains mercredis de juillet et août, on y installe des tréteaux pour des spectacles en plein air, avec la bénédiction de l'Office de Tourisme. Le public s'assoit dans l'herbe, les libellules continuent leur ballet au-dessus des têtes, et personne ne semble trouver cela étrange : ici, la nature et la culture se partagent l'affiche sans jamais se marcher sur les pieds.

C'est peut-être ça, le vrai testament de Stéphane Jan : avoir offert à sa ville un lieu suffisamment généreux pour nourrir à la fois les naturalistes en goguette et les amateurs de théâtre de plein air, sans jamais choisir entre les deux.


Ce que les baskets, elles, semblent avoir compris


Alors quand on lève les yeux, ce jour-là, vers ces deux baskets qui dominent le jardin depuis leur perchoir de câbles, on ne peut s'empêcher d'y lire une forme d'hommage accidentel. Elles sont là, hautes, un peu ridicules, indifférentes à la dignité qu'on prête habituellement aux lieux de mémoire — et c'est précisément ce mélange de solennité et de dérision qui va si bien au jardin Stéphane-Jan. Un legs sérieux, conservé avec sérieux, mais qui continue d'accueillir de la vie, du désordre, du spectacle, et visiblement, à l'occasion, une paire de baskets égarée qui a décidé d'y planter, elle aussi, son drapeau.

On ne sait pas qui a lancé ces chaussures sur le fil. On ne sait toujours pas grand-chose de Stéphane Jan. Mais on sait, désormais, que son jardin continue de faire ce pour quoi il a été donné : surprendre, accueillir, et vivre, quatre milieux à la fois — humide, boisé, prairial, jardiné — et, visiblement, un cinquième, résolument aérien.


Le jardin Stéphane-Jan, 12 rue Waldeck-Rousseau au Croisic, est ouvert tous les jours de 9h à 18h. Entrée libre — les baskets, elles, ne semblent pas près de redescendre.


Prompt Firefly : Stéphane Nédélec

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