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Au golf du Croisic, le crapaud calamite chante la nuit, le pipit maritime se tait le jour
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Faune

Au golf du Croisic, le crapaud calamite chante la nuit, le pipit maritime se tait le jour

Sur le golf du Croisic, la faune sauvage joue aussi sa partie


Il y a, à la pointe du Croisic, un neuf trous qui se rêve en Écosse : du vent qui n'en finit pas, des fairways qui ondulent entre mares et rochers, et des golfeurs en polo qui pestent contre le par 4 du huitième trou, toujours deux fois plus long que prévu quand le vent d'ouest s'en mêle. Tout le monde, ici, joue avec le vent.

Sauf deux locataires du green qui, eux, jouent avec tout le reste — et qui n'ont jamais payé un seul green-fee de leur vie.

Le chanteur de nuit

Le premier est petit, trapu, et possède une qualité que peu de membres du club peuvent revendiquer : on l'entend avant de le voir. Le crapaud calamite — un assez joli nom pour une bête qui ressemble surtout à une pomme de terre impatiente — pousse, les nuits de printemps, un chant nuptial si puissant qu'il porte à plus d'un kilomètre. Imaginez la scène : un couple de retraités tente de dormir dans leur location de la pointe, fenêtre ouverte sur l'air iodé promis par l'office de tourisme, et c'est un amphibien de quatre centimètres planqué dans un rough qui leur impose sa sérénade jusqu'à l'aube. Le règlement du club n'a rien prévu pour ce genre de nuisance — et c'est tant mieux, parce que le crapaud calamite est aujourd'hui classé quasi-menacé à l'échelle régionale. Sur la pointe du Croisic, ses quartiers de prédilection sont les mêmes mares temporaires qui rendent certains trous du parcours si capricieux. Ce que les golfeurs maudissent comme un obstacle de jeu, lui, l'habite comme une chambre d'amour.

Le discret du rocher

Le second locataire ne fait, lui, aucun bruit — c'est même tout son talent. Le pipit maritime est un petit passereau brun-gris qui niche directement dans les rochers de la côte, exactement le genre de relief « naturel » que le golf du Croisic s'est toujours vanté de respecter plutôt que d'aplanir. Sa discrétion est telle qu'on pourrait jouer son trou favori toute une saison sans jamais le repérer — ce qui, vu son statut d'espèce vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs des Pays de la Loire, est sans doute une bénédiction pour lui. Il ne demande rien : juste qu'on ne débroussaille pas trop méchamment la frange rocheuse où il élève discrètement sa nichée, entre deux coups de driver qui passent largement au-dessus de sa tête.

Une carte de score qu'on ne voit pas

Ces deux-là ne sont pas des touristes de passage. Ils partagent leur bout de presqu'île avec une distribution plutôt chic pour un simple neuf trous : l'agrion mignon, une demoiselle bleue inscrite sur la liste rouge européenne, voltige au-dessus des mêmes mares ; le sphinx de l'euphorbe, un papillon qu'on croirait égaré depuis le Midi, vient pondre sur les euphorbes des dunes ; et au-dessus de tout ce petit monde planent parfois l'aigrette garzette ou le milan noir, deux espèces protégées au niveau européen qui considèrent visiblement le practice comme un buffet à volonté.

Autrement dit : le golf du Croisic, sous ses airs de pelouse disciplinée façon links écossais, est en réalité l'un des points les plus denses en espèces patrimoniales de toute la côte sauvage guérandaise. Une presqu'île dans la presqu'île — comme souvent par ici, ce qui paraît le plus apprivoisé cache le plus farouche.

Quelqu'un, déjà, garde l'œil ouvert

Il y a quelqu'un, chez CapAtlantique, dont le métier consiste précisément à savoir où regarder pour trouver tout cela : chargée de mission biodiversité, elle photographie, recense, cartographie ces locataires discrets pour les atlas de biodiversité communale du territoire — le crapaud calamite et le pipit maritime de cet article lui doivent d'ailleurs certains de leurs plus beaux portraits. Début juin, elle a même pris le temps d'emmener des curieux faire le tour du parcours pour leur montrer ce que les balles perdues ne révèlent jamais.

Si une rédactrice en biodiversité tombe un jour sur ces lignes : sachez que la presqu'île aimerait beaucoup vous laisser raconter, avec vos mots et votre regard de terrain, ce que nous n'avons fait qu'effleurer depuis le rough du neuvième trou.

Illustration générée par Adobe Firefly sur prompt de Stéphane Nédélec

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