Gilles Bornais aux Cerfs Volants : comment Le Croisic attrape ses proies
Joe Hackney débarque à la librairie — et son auteur, lui, ne repart plus
Samedi 13 juin, la librairie Les Cerfs Volants accueillait Gilles Bornais pour une séance de dédicaces de l'ensemble de son œuvre. Une occasion pour Une faim de vie de réaliser sa toute première interview au Croisic. Deux questions, un virus, et une dédicace qui compare Le Croisic à la Wash.
Un homme aux multiples vies
Avant de traîner Joe Hackney dans les ruelles brumeuses du Glasgow victorien, Gilles Bornais a mené une double existence que peu d'écrivains peuvent revendiquer. Nageur en section sports-études à Vichy, il atteint le niveau national en papillon et devient entraîneur de natation, tout en démarrant comme pigiste au Parisien en 1979. Il gravit ensuite tous les échelons : rédacteur au service des sports en 1982, reporter sportif, chef d'édition. On imagine l'homme : un chronomètre dans une main, un carnet de presse dans l'autre, l'œil rivé tantôt sur les lignes d'eau, tantôt sur les lignes de fond.
Il est également champion de France Masters en natation et 4e aux championnats du monde Masters en 1998. Autrement dit, pendant que certains écrivains peaufinaient leurs premiers romans dans un grenier, lui battait des records dans un bassin.
Joe Hackney et un vieux qui rajeunit — une accusation de plagier l'avenir
En 2001, il amorce sa carrière littéraire avec Le Diable de Glasgow, roman policier historique mâtiné de fantastique, se déroulant dans la Grande-Bretagne de la fin du XIXe siècle. Joe Hackney, ancien malfrat des bas-fonds londoniens promu inspecteur à Scotland Yard, se retrouve face à une série de meurtres portant tous la même signature : une trace de rouille sur chaque victime, répétée sur près d'un siècle. Et parmi les étrangetés de l'enquête : un assassin dont les témoins décrivent tantôt un jeune homme, tantôt un homme d'âge mûr. Un meurtrier qui ne vieillit pas — ou qui rajeunit.
D'où notre première question : s'est-il inspiré de Benjamin Button ? La réponse est ferme — non, l'idée lui est venue avant. Ce qui ne l'a pas empêché d'être accusé d'avoir plagié un roman inconnu vieux de soixante ans, dont personne n'avait entendu parler avant de chercher querelle. Les coïncidences littéraires font décidément de belles procédures.
Le Croisic : attraper le virus, ne plus vouloir guérir
Mais c'est notre deuxième question qui a illuminé l'échange — et qui explique sans doute pourquoi Gilles Bornais revient ici comme d'autres reviennent chez eux.
Tout commence par les Plumes d'Équinoxe. L'un de ses livres y est sélectionné. Il fait le déplacement. Et là, quelque chose se passe. On le retrouve encore en septembre 2025 à participer à une table ronde « Histoires de mer » lors du salon, aux côtés de Vincent Guéquière et Karine Parquet. Entre-temps, il est devenu une figure régulière du Croisic littéraire.
Il faut dire que Le Croisic se revendique comme la première ville littéraire du littoral de Loire-Atlantique — une réputation qui n'est pas usurpée et qui agit visiblement comme un aimant sur ceux qui y ont un jour posé le pied. Gilles Bornais en est la preuve vivante : il est venu pour un salon, il est reparti avec le virus, et depuis, il revient signer des dédicaces dans les librairies.
La dédicace glissée dans Le Mystère Millow — une autre aventure de Joe Hackney — le dit avec une élégance toute britannique : une balade entre Londres et la Wash, dans des contrées presque aussi charmantes que Le Croisic. La Wash, ce vaste estuaire battu par les vents du Norfolk, patrie des phoques et des marées grises. Presque aussi charmante que Le Croisic, donc. On lui pardonne volontiers — un homme qui connaît nos quais et nos embruns sait très bien ce qu'il dit.
Première interview au Croisic pour Une faim de vie. Pas la dernière, si le virus continue de faire son œuvre.
Illustration générée par Adobe Firefly sur prompt de Stéphane Nédélec (la dédicace est la vraie dédicace)