La pendeloque du Croisic
AVIS DE RECHERCHE Objet disparu — Récompense morale assurée
Il y a des disparitions qui font la une des journaux. Celle qui nous occupe aujourd'hui n'a, à ce jour, mobilisée ni gendarmerie, ni Interpol, ni même la rubrique des objets trouvés de la mairie du Croisic. Et pourtant.
La disparue se nomme « la pendeloque anthropomorphe du Croisic ».
Portrait : petite (62 mm), mince (10,5 mm), osseuse — littéralement, puisqu'elle est taillée dans un fragment de diaphyse. Teint verdâtre aux extrémités, dû à une ancienne fréquentation de bronze. Visage incisé au couteau, arcades sourcilières volontaires, bouche fine, thorax orné d'un joli V encadré de traits obliques qui pourraient figurer des bras — ou une tentative de représentation des bras, ce qui, convenons-en, revient au même. Elle pèse 4,8 grammes et porte un trou de suspension au sommet, ce qui prouve qu'elle a toujours eu le sens des accessoires.
Son âge ? Modestement situé entre le VIe et le VIIe siècle de notre ère, époque à laquelle les femmes du Croisic, selon un voyageur italien de 1618 , « sont subiectes à un mal de gorge » et y remédiaient en portant de l'ambre en collier. Notre pendeloque s'inscrit donc dans une longue tradition locale du bijou de cou à vertus curatives — ancêtre spirituelle, en quelque sorte, du cache-col en polaire.
La dernière fois qu'on l'a vue officiellement, c'était dans les pages de la Revue de l'Association bretonne, sous la plume de l'archéologue Philippe Guigon, qui la photographie avec soin et la compare à quatre de ses cousines bretonnes — Lavret, Lanmeur, Rieux, et une deuxième du Croisic — formant ensemble un club très fermé d'amulettes armoricaines. Avant cela, elle avait été ramassée dans une rue du Croisic en 1914, probablement lors de travaux, par quelqu'un qui ne savait pas exactement ce qu'il tenait entre les mains — ce qui, pour un objet vieux de quatorze siècles, constitue un euphémisme acceptable.
Depuis ? Silence. Néant. Elle a disparu dans les brumes administratives avec la discrétion d'une amulette apotropaïque qui sait très bien se protéger elle-même.
Si vous l'avez vue, si elle dort dans une boîte à chaussures au fond d'une réserve, si votre arrière-grand-mère la portait en broche pensant que c'était « un truc ancien trouvé par pépère », si elle est rangée dans les collections d'un musée local sous la fiche sibylline « objet indéterminé, os, don anonyme » — faites signe.
La science archéologique vous en sera reconnaissante. Le Croisic aussi. Et la pendeloque, qui a attendu 1 400 ans sans se plaindre, saura bien patienter encore un peu — mais quand même.
Référence : Philippe Guigon, « Les pendeloques de la crypte de Lanmeur », et id., article sur la pendeloque du Croisic, Revue de l'Association bretonne / Revue archéologique de l'Ouest — consultables sur Gallica, gallica.bnf.fr
Photo générée par Adobe Firefly sur prompt de Stéphane Nédélec