Soirée pêche aux talents aux Jardins de la Mer
Quand la marée basse devient une fête — Une soirée aux Jardins de la Mer
Il y a des soirées qui sentent le large. Pas métaphoriquement : littéralement. Ce vendredi 1er mai, à 19h, la librairie Les Cerfs-Volants du Croisic avait choisi les Jardins de la Mer pour accueillir deux compères bretons venus présenter leur livre Terre de pêche à pied, paru aux éditions Ouest France. D'un côté Julien Mota, photographe. De l'autre Pierrick Jégu, journaliste. L'un capte la lumière, l'autre chasse les mots. Ensemble, ils ont produit quelque chose qui donne furieusement envie de partir en bottes dans un estran — et de manger des palourdes après.
Un livre qui sent la vase — avec élégance
Terre de pêche à pied n'est pas un livre de recettes. Ce grand format est une plongée — les pieds dans la vase, les yeux grands ouverts — au cœur des côtes bretonnes. Du Nord au Sud, de l'Iroise aux anses du Morbihan, les deux complices ont arpenté le littoral pour aller à la rencontre de ceux qui vivent au rythme des coefficients de marée : ces producteurs discrets et obstinés qui connaissent chaque roche, chaque banc de sable, chaque humeur de l'océan, et dont on ignore généralement tout jusqu'à ce qu'une telline atterrisse dans notre assiette.
Tellines, couteaux, praires, palourdes, algues : sous l'objectif de Julien Mota, ces créatures que l'on a tendance à croquer sans trop les regarder deviennent de véritables sujets. On les voit luisantes et vivantes, entourées des mains qui les récoltent et des paysages qui les abritent. Pierrick Jégu, lui, leur a donné des mots — et pas des mots quelconques. Sa plume embarque le lecteur dans un récit documentaire où chaque portrait de producteur sonne juste, où l'on sent que l'auteur a vraiment trempé ses chaussures pour aller chercher ses informations. Littéralement.
Deux bonshommes, un estran, et beaucoup de conversations
La présentation fut ce qu'on espère de ce genre de soirée : franche, généreuse, avec de vrais gens qui parlent de leur vrai travail. Julien Mota évoqua la lumière atlantique — cette lumière bretonne qui change d'avis toutes les vingt minutes et oblige le photographe à rester sur le qui-vive en permanence, prêt à dégainer, une botte dans la vase et l'autre qui cherche une pierre stable. Pierrick Jégu parla de ces rencontres avec les producteurs, de la manière dont on gagne la confiance de gens qui passent leurs journées dehors par tous les temps et regardent avec une légère méfiance quiconque arrive avec un carnet et des questions. Il parla aussi, avec une honnêteté rafraîchissante, de la boue. Il y en avait beaucoup. Les deux hommes se renvoyaient la parole avec la fluidité de gens habitués à travailler ensemble — ou du moins à partager les mêmes estrans pluvieux. On riait, on posait des questions, le livre circulait de main en main. On l'a feuilleté avec cette lenteur précautionneuse qu'on réserve aux beaux objets, et on s'est dit qu'on n'avait peut-être pas regardé nos dernières palourdes avec suffisamment de respect.
Et puis vint François Thorel
Soyons honnêtes : si la présentation nourrissait copieusement l'esprit, la dégustation qui suivit nourrissait tout le reste — et avec un certain brio. Le chef François Thorel s'était installé et avait commencé à préparer sous les yeux du public une sélection de produits croisicais dont le simple parfum mettait en péril toute velléité de maintenir une conversation intellectuelle sérieuse. Préparer sous vos yeux : voilà une formule qui n'est pas anodine. Il y a quelque chose de presque hypnotique à regarder un cuisinier travailler, à suivre le geste précis, la découpe nette, la petite touche finale qu'on n'aurait pas imaginée. François Thorel s'y employa avec la décontraction tranquille de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait — et qui avait bien compris que son public, abreuvé depuis une heure de magnifiques photographies de coquillages, était désormais dans un état de disponibilité gustative avancée. Cliniquement vulnérable, en quelque sorte.
Ce fut, disons-le sans détour, remarquablement bon.
Le Croisic comme il se doit
Ce qui frappait dans cette soirée, au fond, c'était la cohérence parfaite de l'ensemble. Un livre sur la pêche à pied breton, présenté au bord de l'eau, au Croisic, par ceux qui l'ont fait, accompagné de produits locaux cuisinés sur place : tout cela formait un accord parfait, sans la moindre note discordante. Anaïs et Amandine, les libraires des Cerfs-Volants, ont décidément une façon de programmer leurs événements qui rend toute excuse pour ne pas venir — "j'avais quelque chose ce soir-là", "j'avais oublié de réserver" — parfaitement intenable.
Terre de pêche à pied, de Pierrick Jégu et Julien Mota, est disponible à la librairie Les Cerfs-Volants, 15 rue de l'Église, au Croisic. Pour ceux qui n'étaient pas là vendredi soir : la prochaine fois, vous savez ce qu'il vous faudra faire.
Illustration générée par Adobe Firefly sur prompt de Stéphane Nédélec